
Les nouvelles autorités libanaises choisissent de réintégrer le camp arabe
“Occuper Beyrouth, détruire Damas, menacer Amman, faire mal à Bagdad et prendre Sanaa…ne sert pas la Palestine”, a affirmé le président Joseph Aoun, en allusion à l’axe iranien.
Lors d’un discours prononcé mardi 4 mars lors des travaux du sommet arabe extraordinaire qui s’est tenu au Caire pour discuter d’un plan de reconstruction de Gaza, le président de la République libanaise a envoyé plusieurs piques à l’intention de l’Iran et a réaffirmé sa volonté de reconstruire des liens solides avec les pays arabes notamment ceux du Golfe.
La cause palestinienne est “un droit national palestinien, un droit arabe et un droit humain mondial” a-t-il dit. “La question palestinienne exige que nous soyons toujours aux côtés de son peuple, de ses choix et de ses décisions, avec ses autorités officielles et ses représentants légitimes”. “La dimension arabe de la question palestinienne nous impose de rester tous forts, pour que la Palestine soit forte” a poursuivi le chef de l’État. “Car lorsqu’on occupe Beyrouth, détruit Damas, menace Amman, fait souffrir Bagdad ou prend Sanaa… il est impossible que quiconque puisse prétendre que cela sert la Palestine”. Une allusion au camp pro-Téhéran, qui intervient à l’heure où la tutelle iranienne sur le Liban s’est pratiquement effondrée après les derniers développements régionaux.
M. Aoun a aussi affirmé que “le Liban a beaucoup souffert, mais il a appris de ses souffrances”. “Il a appris à ne pas être à la merci des guerres des autres. Il a appris à une pas être le quartier général ni le couloir des politiques étrangères”, a-t-il poursuivi. Il a aussi noté que les intérêts existentiels du Liban sont avec son voisinage arabe” et que son rôle dans la région est d’être “un pays de rencontre, non pas un terrain de conflit”.
Le président a également affirmé que le Liban ne renoncera pas à sa terre et que “chaque centimètre” de son territoire sera libéré. L’armée israélienne maintient en effet toujours des positions au Liban-Sud malgré son prétendu retrait officiel du pays le 18 février. “Dans mon pays, tout comme en Palestine, il y a encore des terres occupées par Israël. Des prisonniers libanais se trouvent dans ses geôles” a dénoncé le chef de l’État. “Nous ne renonçons pas”. “Il n’y a pas de paix sans la libération de chaque centimètre de notre territoire, reconnu internationalement, documenté, validé et délimité par les Nations Unies. Et il n’y a pas de paix sans un État palestinien”, a-t-il également assuré, rejoignant ainsi la position saoudienne sur la questio
Le général Aoun a aussi indiqué que “la souveraineté complète et stable du Liban se renforce par le rétablissement total de la Syrie et l’indépendance totale de la Palestine”. “Toute déstabilisation d’un voisin arabe est une déstabilisation pour tous ses voisins. Et inversement”, a-t-il ajouté. M. Aoun a conclu son discours en disant : “Le Liban retrouve aujourd’hui sa légitimité arabe, grâce à vous et à votre soutien constant”.
En marge du sommet, Joseph Aoun s’est entretenu avec plusieurs représentants de pays arabes, et aussi avec le secrétaire général de l’ONU, avec qui il a abordé la situation au Liban-Sud et le maintien des forces israéliennes en certains points du territoire national. M. Aoun s’est également entretenu avec l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, qui lui a affirmé “la volonté de son pays de poursuivre son soutien à l’armée libanaise et d’aider au financement de projets vitaux, tels que le développement du secteur de l’électricité”, selon la présidence libanaise. Le roi de Jordanie Abdallah II a pour sa part indiqué pendant sa rencontre avec le président Aoun qu’un nouveau lot de véhicules militaires sera envoyé au Liban pour soutenir l’armée.
Le président Aoun a aussi rencontré le président palestinien Mahmoud Abbas. “Nous soutenons toutes les mesures prises par le gouvernement libanais pour renforcer la souveraineté de l’État sur l’ensemble de son territoire et appliquer la résolution 1701”, a affirmé ce dernier. Il a également échangé avec le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et son homologue syrien, Ahmad el-Chareh. Selon la présidence libanaise, M. Aoun et M. el-Chareh, qui se rencontrent pour la première fois, ont “abordé plusieurs questions en suspens”. “Il a été convenu de se coordonner par le biais de commissions conjointes qui seront formées après la composition du nouveau gouvernement syrien” ajoute la présidence, sans donner plus de détails. Il a également été “convenu de la nécessité de contrôler les frontières entre les deux pays”.
La visite en Arabie saoudite
La veille, le président se trouvait à Riyad, où il s’était entretenu avec le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane. Les deux hommes ont discuté de l’importance de consacrer le monopole des armes libanaises au sein de l’État, et donc de désarmer le Hezbollah, et d’assurer un retrait de l’armée israélienne de tout le territoire libanais, selon un communiqué conjoint publié mardi. Ce texte, publié sur les agences officielles libanaise et saoudienne, précise que le président Aoun et le prince héritier saoudien ont convenu durant leur entretien de renforcer la coopération entre les deux pays, de coordonner leurs positions sur les questions majeures aux niveaux régional et international, et ont discuté des moyens de renforcer la souveraineté libanaise.
Concernant les relations entre les deux pays, les deux parties ont convenu de commencer à examiner les obstacles qui entravent la reprise des exportations de la République libanaise vers le royaume d’Arabie saoudite et les mesures nécessaires pour permettre aux citoyens saoudiens de se rendre au Liban lit-on dans un communiqué. La visite officielle de Joseph Aoun à Riyad constitue en effet un signe important de réchauffement des relations libano-saoudiennes, longtemps refroidies par des tensions liées à l’Iran et au Hezbollah. Dans ce cadre, les ressortissants saoudiens sont toujours interdits de voyager au Liban, tandis que toutes les relations commerciales ont été gelées depuis plusieurs années.
Le 29 octobre 2021, le royaume avait annoncé plusieurs importantes mesures de rétorsion après les propos du ministre de l’Information d’alors, Georges Cordahi, concernant la guerre au Yémen et l’implication des pays du Golfe dans ce conflit. La crise avait également été amplifiée par le “contrôle” du Hezbollah sur les décisions libanaises et le trafic de drogue, cachée dans les produits d’importation. Durant l’entretien entre MBS et le président libanais, il a également été question de la souveraineté libanaise et de “l’importance de l’application de ce qui a été mentionné dans le discours d’investiture présidentielle” de Joseph Aoun, le 9 janvier dernier. Les deux parties ont ainsi “souligné l’importance de l’application complète de l’accord de Taëf, de l’application des résolutions internationales pertinentes, de l’affirmation de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire libanais, de la limitation des armes aux seules forces de l’État libanais, de l’affirmation du rôle national de l’armée libanaise, de l’importance de son soutien et de la nécessité du retrait de l’armée d’occupation israélienne de toutes les terres libanaises”, poursuit la déclaration commune.
Concernant le redressement de l’économie libanaise, les deux parties ont “convenu de la nécessité de (…) lancer les réformes requises au niveau international selon les principes de transparence et d’application des lois contraignantes”. Le texte a en outre affirmé que “le Liban est un membre authentique de la communauté arabe et que ses relations avec les pays arabes sont la garantie de sa sécurité et de sa stabilité”. Le communiqué se conclut par la mention d’une invitation par Joseph Aoun à l’adresse du prince héritier saoudien, qui a reçu un “accueil favorable”.
Peu après son départ de Riyad vers l’Égypte, le chef de l’État a envoyé un dernier message au prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, pour le remercier de son accueil “qui reflète la profondeur des relations fraternelles libano-saoudiennes enracinées dans l’histoire”. “Nos entretiens ont jeté les bases solides d’une nouvelle phase dans les relations entre nos deux pays, que nous avons convenu d’activer et de développer dans tous les domaines”, a-t-il écrit.